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c'est tout chaud, ça sort de ma têteJune 08 Le dernier homme Je ne sais pas pourquoi, j'écris cette lettre, étant donnée qu'il n'y a plus personne pour la lire. Etrange ce besoin de coucher par écrit nos sentiments, nos peurs. Tel un naufragé dont le message dans sa bouteille est confié aux bons soins de la marée, je laisserai le mien entre les bras de Zéphyr. Je viens de fêter mes UN an de solitude parfaite. Un an sans bruit, sans personne, un an depuis que je me suis rendu compte que j'étais le dernier... Le dernier homme sur Terre ? j'en ai aucune idée. Le dernier homme dans cette ville ? Oui, j'en suis pratiquement sûr. Mais revenons un peu en arrière. L'année de mes 40 ans, le monde commença à changer et pas en bien. Les nations se regardaient en chien de fusil. Chaque action était suivi de menace, de tension. Nos chers dirigeants instillaient en nous la peur. La peur des autres, la peur du lendemain, la peur de nous-même. Et le pire, c'est que ça marchait. Jusqu'au jour où les "évènements" se sont déclenchés. Les "évènements"... Doux euphémisme. Les grandes puissances du mondes se crachent à la figure, c'est un événement; on se menace, on gravit l'échelle de la dissuasion, mais ça reste un événement; des bombes sont lâchées sur la surface de la terre, mais ce ne sont que des événements. Désolé, je m'emporte. En ce glorieux jour du 06 Juin 2008, la 4ème guerre mondiale fut déclarée, et ma ville fut bombardée, comme tant d'autres... Pourquoi ai-je survécu ? Bonne question. Je ne suis pas un intellectuel (j'ai eu mon bac en trois ans, et la fac n'était qu'un rêve), je ne suis pas un athlète ou un surhomme (mon estomac me le rappelait souvent). Non, je n'était qu'un égoutier, et même pas un bon en plus. Trois mariages ratés, une propension a la boisson, m'ont conduit à prendre les pire boulot possible. Ce jour là, je vérifiait un collecteur situé pas loin de 25 mètres sous la surface, c'est ce qui m'a sauvé, enfin, je pense. Toujours est il, que depuis ce jour, je vis seul dans cette grande ville, cette grande ruine plutôt. Et quand je dis seul, c'est au sens propre. Personne, plus d'animaux, pas même un insecte... Un enfer de silence. J'ai passé cette année a visiter les ruines les plus récentes de la région, j'ai pénétré l'intimité de dizaines de foyer, j'ai enterré toutes mes collègues, et pas mal d'inconnu, j'ai même essayé de déblayé le parvis en face du parc, mais certains gravats, trop lourd pour moi, devront s'intégrer dans le paysage. Le paysage... Le paysage change, la nature reconquiert doucement la ville, jour après jour, centimètre après centimètre. La Nature a le temps, elle est patiente. Je sais qu'au but du compte ma ville retournera à son état original, le reste du monde suivra. Je me sens comme étranger, je n'ai plus rien a faire ici. Je remet donc les clefs de ma ville a sa légitime propriétaire, et je m'excuse de la gène occasionnée par la présence de mes pairs, mais je puis vous assurez, qu'au moins ici, on ne vous embêtera plus. Mon nom n'a aucune espèce d'importance, je ne signerais donc pas. ------------- Lettre retrouvée sur Solaris IV, le 34 Junius de l'an 540 de l'ère galactique June 05 La porte close La porte est grande, du beau bois massif, elle a l'air épaisse et solide. Je peux voir les gonds, épais, en cuivre. A vu de nez, elle doit être dur à bouger. Je l'examine attentivement espérant trouver un huis, un œil de bœuf ou un judas pour pouvoir communiquer. Je m'approche de ce qui ressemble a un trou dans la porte, jette un œil pour voir ce protège la porte, et la je vois... Rien, strictement rien, le noir total, complet. Une obscurité vivante, et mouvante, mais pas menaçante. Je cogne a la porte... rien, juste une douleur sur les jointures. J'approche ma tête de ce trou et lance le classique : - Y' a quelqu'un ? Et comme réponse, j'ai droit a juste un écho. Je tente un deuxième essai, sans plus de réponse. Je décide d'attendre, et je m'affale contre la porte en espérant une réponse... Au bout d'un temps incertain, une petite voix se fait entendre : - T'es qui ? Interdit, je me relève brusquement, pour me rapprocher de l'ouverture, et je reponds - ben, Toi, enfin, le grand Toi. La réponse ne se fait pas attendre : - Et qu'est ce que tu veux ? - Te parler, juste te parler... - Je t'écoute. La je dois dire que je suis interloqué, je ne m'attendais pas a ça. - Ben voila, il y a cette fille que j'aime, et pour elle j'aimerais être plein et entier, j'aimerais que tu sois avec moi. Un silence, juste une respiration basse, rauque et profonde... - Pourquoi, pourquoi tu veux nous faire ça à nous, à nous tous ? Des voix, plusieurs voix me répondent en même temps. Des voix toutes différentes, mais sensiblement identiques... a la mienne. - On a pas assez souffert ? tu veux encore avoir mal ? La cacophonie est assourdissante, douloureuse, j'ai du mal a rester debout, tant le volume est agressif. J'essaie de me faire entendre : - Parce que je l'aime - Les autres aussi tu les aimais, et tu as eu mal, on a eu mal, on a encore mal... tu veux recommencer ? - Non, j'aimerais lui montrer que je n'ai pas peur de lui montrer qui je suis... - Non, elle va dire non, tu vas souffrir, et je vais avoir mal, on va avoir mal longtemps, me rétorque l'Harmonie de mes voix, de mes moi. Je décide d'essayer une autre approche - Sors, j'en ai marre de te voir jouer seul dans ton coin, je connais une petite fille qui aimerait avoir quelqu'un avec qui jouer. Silence... Seul la voix la plus jeune me répond - Et on jouera a quoi ? - Je sais pas, tu lui apprendras a jouer au ballon, et tu verras ce que tu peux apprendre avec elle. - Elle est gentille ? - Je crois. Mais je pense qu'elle est comme toi, seule. - Si je sort, tu viendras avec moi, tu me laisseras pas tout seul ? Un sourire commence a se former sur mes lèvres. - Je ne te quitterai pas des yeux, jusqu'à ce que tu ne veuilles plus que je te surveilles. - OK, alors ouvre la porte... Effectivement, je remarque une double poignée sur le devant de la porte, je l'agrippe à deux mains, tire de toute mes force. Putain, elle est lourde, vraiment lourde. Je souffle, m'essouffle, transpire et mes efforts sont récompensés. Un des battants est enfin ouvert, le soleil tente péniblement de percer les ténèbres derrière la porte. Je le vois enfin, je me fait remarquer intérieurement, que ça faisait longtemps que je ne l'avait vu, j'en ai honte. C'est un enfant de 6-7 ans, petit pour son age, pale a cause du manque de lumière. Mais je crois que le pire, c'est les blessures plus ou moins mal cicatrisées qui parcourent son corps. Je peut mettre un nom sur chaque blessure, sur chaque cicatrice, sur chaque bleu sur sa peau. Il reste là, entre l'ombre et la lumière ne sachant que faire. Je m'approche doucement, lui tend la main, et je sens sa petite main prendre la mienne. Une larme au coin de l'œil accompagne son premier pas hors de l'obscurité, le second est plus facile, les suivants deviennent naturels. Sur le chemin du retour, je le sens qui me tire sur la manche, je me baisse pour être à sa hauteur. - Tu sais que si elle dit non, on risque de pleurer longtemps, très longtemps ? et que je retournerais dans le noir pour longtemps ? Me dit-il presque en chuchotant. - Oui, mais imagine qu'elle dise oui, la porte ne servira plus a rien, on pourra s'en débarrasser ensemble. - Ce serait bien, ça. On y va ? me demande t-il en partant en courant devant moi. Les mains dans les poches, je le suis en espérant ne plus avoir a revenir devant cette porte close... June 04 La musicienne Des années à bourlinguer pour cette boite pourrie, des mois sur les routes, des jours loin de ma famille (qui, d'ailleurs a préférer me laisser une maison vide) tout ça pour finir dans ce bled de merde. Et me voila, moi, premier vendeur (unique vendeur surtout), dans le trou du cul du monde (enfin pas loin des poils) à essayer de vendre des engrais agricoles aux 3-4 pèlerins qui gravitent ici. J'ai tout essayé, les offres généreuses, les yeux doux, même les pots de vins, mais personne ne semble intéressé par les merveilles de la science en matière d'OGM (je me demande bien pourquoi...) Bilan, je ne vends rien, je ne vendrais rien, donc je m'ennuies seul, dans ma chambre miteuse au dessus du seul bar du coin. Un bar tout ce qu'il y a de plus basique, un comptoir, des tables, de la sciure au sol (d'ailleurs, je ne crois pas en avoir vu ailleurs que dans un bouquin d'heroic fantasy) et une estrade. Le citadin que je suis ne peut que rigoler intérieurement en imaginant la qualité des spectacles présentés ici, et comme apparrament vendredi, il y a une soirée spéciale avec la grande Lawen. Je m'attend au pire, mais pour pouvoir m'amuser un peu, j'y jetterai un œil. Le fameux vendredi arrive enfin, comme je le pensais je n'ai rien vendu, mais comme ici on applique encore du fumier comme engrais, je ne m'attendais pas a remplir mon carnet de vente. En tout cas, j'ai une raison de visiter le bar et de m'en mettre une ou deux derrière la cravate. Quand j'arrive dans la salle principale, le jour se couche a peine et les autochtones remplissent peu a peu l'espace. Un doux boucan roule et enfle pour finir par saturer les capacités auditives d'un humain normal (je parle de moi, là). Donc forcement quand je vois ce jeune garçon monté sur l'estrade avec sa guitare, je le plaindrai presque. Non, en la voyant se déplacer et monter sur son tabouret je remarque que ce n'est pas un garçon. Une jeune fille petite, fine comme une liane, dont les vêtements larges dissimulent le peu d'attrait qu'elle pourrait avoir. Mais c'est surtout ses yeux qui m'ont frappés. Un violet profond, mais avec une tristesse qui me montrait qu'elle avait du en voir beaucoup avant d'arriver là. On ne va pas se mentir, le public ne s'intéresse pas du tout a ce qui se passe sur la scène, en plus je vois mal comment, avec sa petite guitare, elle compte couvrir le bruit ambiant. La pauvre. Elle cale son instrument contre son giron, telle une mère caressant son enfant, jette un dernier coup d'œil a la salle en souriant et... Je sirote doucement ma bière, savourant pleinement la douceur de ce liquide ambré quand, elle plaque son premier accord. Cette simple note me parut filer à travers le brouhaha ambiant pour venir, tendrement se nicher au chaud dans le creux de mon oreille. Interdit, je pose ma boisson, et je fixe alternativement la joueuse et son public. Elle repete son accord, et toute la foule se tourne vers elle. Je tombe des nues. Ses mains mains dansent amoureusement sur son instrument, produisant un second accord. Une simple variation du premier, qui se répercute dans la salle, cherchant son frère perdu. La foule, complaisante, s'est éteinte, pour le laisser chercher... Elle se met a jouer. Une douce melodie enveloppe les spectateurs, leur parlant d'époques plus heureuses et plus lumineuse que la journée pluvieuse qui s'acheve. Elle chante, d'une voix basse, a peine plus forte que les accents langoureux de sa guitare. Mais peu à peu, sa voix s'enfle pour venir se meler aux harmoniques de ses accords. La langue utilisée m'est inconnue, pourtant, je comprend parfaitement le sens de ses paroles. Elles évoquent le passage du temps, les successions des saisons, et les cycles auxquels toutes vie est soumise... Les clients sont figés sur leurs chaises, Un malheureux a bien tenté de tousser, mais ses voisins l'on foudroyé du regard comme s'il venait de blasphémer dans une église. La demoiselle continue de jouer, ignorant totalement les réactions de son auditoire. Sa voix et sa musique s'altère subtilement, pour nous conté les menaces contre le cycle de la vie. Elle chante la beauté détruite, l'innocence volée, brisée. Je jurerai entendre des grondement de tambours derrière ses notes. J'en ai les larmes aux yeux, j'ai envie de la prendre dans mes bras pour la consoler, et pour lui dire que tout ira bien. Sa main ralentit, sa complainte s'accorde aux battements de mon cœur. Ses notes se détachent une à une, s'étirant dans l'atmosphère douloureuse. Tout le monde se penche en avant, pour l'empêcher de s'arrêter de jouer. Un dernier accord sur sa guitare, une dernière note s'échappe de ses lèvres et reste suspendu un instant dans les airs. Puis s'estompe... le silence revient. Personne ne bouge. Personne ne veut être le premier a briser le charme ambiant. Une larme, je sens une larme solitaire qui coule le long de ma joue. Je n'ai même pas envie de l'essuyer. Qu'elle tombe donc ! J'était sur qu'elle en avait fini avec nos cœur, je me trompe. Un murmure, un accord a peine chuchoté s'échappa de l'instrument. Je n'ai même pas vu ses mains bouger. Magie, la guitare joue seule. Cette note caresse la salle, séchant délicatement nos joues humides. Elle entonne le couplet final. Un champion solitaire, dernier éclat de lumière parmis les ruines d'une civilisation perdues. Elle s'adresse a moi, je le sais au fond de mes tripes, les larmes reviennent. Cependant, les diamants que je vois rouler sur les joues de beaucoup d'autres clients me font penser que je ne suis pas le seul héros de cette salle, d'autres que moi vibrent a l'unisson de cette simple mélodie. Le dernier accord résonna. Ferme et clair tel le son d'une cloche. Par ces dernières paroles, et grâce à cet accord, la musicienne nous a offert une consolation, une lueur faible mais tenace : l'espoir. Puis ce fut fini... Elle se lève de son tabouret, s'incline laissant tomber sa chevelure devant elle, tel le rideau qui tombe sur la scène. La foule, qui retenait son souffle depuis un moment déjà, exhale un soupir collectif, j'entends un ou deux nez qui renifle plus ou moins discrètement, et un tonnerre d'applaudissement fait trembler les murs. Je n'ai rien vendu, je me suis fait chier comme un rat, mais je partirai d'ici avec une lumière intense dans mon cœur. Je reviendrait, je ne vendrait rien, mais je vais revenir. June 03 (Pas d'idée du tout pour le titre) Des mois qu'il ne l'avait vu, donc forcement il était un peu tendu pendant son voyage en train. Ça faisait trop longtemps qu'ils étaient loin de l'autre, enfin a son avis, mais comme lui disait ses amis, il n'était pas des plus objectif quand on abordait ce sujet. Non pas objectif, juste amoureux. Cet éloignement lui avait fait du bien dans un sens, ça lui avait permis d'en apprendre plus sur lui, d'être un peu meilleur que ce qu'il n'était auparavant... En tout cas, le voila, affalé dans son fauteuil a se poser des questions existentielles : Et si elle en avait eu assez d'attendre ? Et si elle avait trouvé quelqu'un d'autre ? Et s'il ne lui plaisait plus ? Et si, et si ? Ces deux petits mots lui tournaient dans la tête depuis quelques temps déjà, faisant naître des angoisses aux creux de l'estomac et des boules dans la gorge... De toutes façons, il ne pouvait (ne voulait) plus reculer, il fallait qu'il la revoit juste pour etre sur. Sur de ses propres sentiments, et sur de ceux de celle qui le fait rêver depuis un moment déjà. De vieilles fringues sur le dos, son sac a la main, une sensation tenace d'avoir besoin d'une douche après un long voyage en train, il descendait de son wagon, précédé d'un soupir de soulagement de se voir libéré de son compagnon de voyage alcoolique et ronflant. Quelques mouvements pour décoincer quelques muscles froissés par tant d'immobilité et d'inconfort et le voila fin prêt à remonter le quai. Une essence, un parfum, pour une raison inconnue de lui même, lui faisait relever la tête. La foule se scindait en deux, laissant un espace suffisamment grand pour laisser apparaître une personne en son centre. Elle était la, devant lui, dans une robe blanche, virginale, rayonnante dans sa simplicité, occupé a remettre en place une mèche récalcitrante derrière son oreille. Il avait quitté une belle jeune femme, il en retrouvait une magnifique femme (même s'il la préférait avec des cheveux un peu plus long)l. Dire qu'il pensait avoir travailler sur lui même, il se rendait compte que la demoiselle était loin, très loin devant lui. Il n'en l'aimait que plus fort, restait a savoir ce qu'elle éprouvait pour lui. Un sourire qu'il espérait radieux sur les lèvres, il franchit les quelques mètres qui le séparait d'elle pour pouvoir profiter le plus possible de sa présence. Une douce chaleur rafraîchissante l'enveloppa tel une caresse. Une dernière question tournait en rond entre ses oreilles, devait il lui faire une chaste bise sur les joues ou tenter de l'embrasser. Séparés d'un pas au mieux, il la regardait dans les yeux. Un tendre sourire sur les lèvres, il se penchait, une main sur sa taille fine comme pour sentir la douceur du tissu, il laissait, aussi léger qu'une plume, un baiser sur chaque joues de sa belle. Il avait le temps, il attendrait d'être sûr pour goûter à ses lèvres. February 21 Ben, c'est pas gagnéChaque fois que je rentre du travail, je passe sur ce pont. C'est un
ouvrage qui, pour des raisons opérationnelles, peut s'élever pour
laisser passer un batiment dessous. Je m'arrête, toujours au milieu du
pont pour jeter un coup d'oeil par dessus-bord. On ne sait jamais,
peut être que le paquebot de Playboy passe a ce moment... Le plus dur c'est quand je rentre durant la nuit. Peu de bruit, peu de passage. Je reste quelques temps a regarder en bas, laissant différentes pensées me traverser l'esprit. Combien de temps me faudrait-il pour atteindre le fond du cours d'eau ? Aurais-je l'impression de flotter ou m'écraserais voilement sur l'onde avant de couler comme une pierre ? Vais-je avoir le temps de voir toute ma vie avant le choc ? Est ce que tous mes problemes s'effaceront dans un splash retentissant? Pleins d'interrogations plus ou moins futiles qui parcourent mes neurones a cette heure avancé de la nuit. Je m'eloigne de cette tentation, ça ne serra pas pour aujourd'hui...
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