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c'est tout chaud, ça sort de ma têteMarch 08 Owen. Jadis, au temps de la chevalerie La première fois que je l'ai vue, elle avait...
pas loin de 6-7 mois. Elle était là, assise dans une mare de sang à
jouer avec sa poupée. Pas une larme, pas un sanglot, juste un sourire
innocent qui illuminait dans les ténèbres des lieux. J'étais venu ici
pour empêcher une quelconque entité magique de prendre le contrôle de
cette région reculée de Bretagne, quand, après un combat plus
qu'épique, j'entendis un gazouillement. Je dois dire que j'étais assez
intrigué sur le coup, ce n'était pas vraiment quelque chose que je
m'attendais à entendre ici, au fond de cet antre, pourtant, dans un des
recoins, derrière les corps froids de ce qui m'a semblé être ses
parents, jouait Gladys. J'ai bien évidement penser à l'abandonner ici,
le sort d'un enfant m'étant totalement indifférent, quand, sur un coup
de tête, je la pris dans mes bras pour l'examiner.
La petite me dévisagea, pensive, curieuse et, elle posa son index sur mon nez... Le temps s'était arrêté. Je ne savais plus quoi faire, oubliée l'idée de l'abandon, ou celle de m´en débarrassé d´une façon peu recommandable. Il était devenu hors de question de ne penser qu´une seule seconde que je pouvais ne serait ce que m´éloigner d´elle. Je mis Cern au courant du changement de plan, et contre toute attente, il m´offrit des vacances. Il m´avait trouvé un manoir et les employés qui allaient avec, quelques terres attenantes, une bonne grosse mise de départ, et me voilà devenu un respectable seigneur veuf accompagné de sa toute jeune fille. Les débuts furent durs, très durs. L´administration des terres et de mes gens, la diplomatie avec les seigneuries voisines, quelques guerres de territoires pour conserver le patrimoine de ma protégée, et pire que tout une enfant qui grandit. Si cela avait été un garçon, je pense que j´aurai eu moins de mal. Je lui aurais appris l´art de la guerre, le métier des armes, j´en aurais fait un guerrier, un vrai, pas un de ces chevaliers qui ne peuvent rien faire sans infliger à leur canasson leur présence additionnée de 30 kilos de métal... Ridicule. Pour elle j´avais fait venir les meilleurs précepteurs, elle avait appris le chant, la danse, la bienséance, tout ce qui pouvait faire d´elle une femme de son temps. A ceux-là, j´y avais ajouté des cours de mathématiques, de logique, d´administration, et bien sur deux trois conseils sur la façon de « dialoguer » une arme a la main. C´était une époque pleine de joie, j´avais laissé mes armes prendre la poussière au-dessus de la cheminée du hall, le grand guerrier que j´étais était rangé comme un trophée, comme un souvenir que l´on fait reluire pour le sortir les jours de fêtes. Moi qui avais terrassé moult créatures, je n´arrivais même pas à faire plier une enfant. D´un seul regard, au moindre sourire, toute la sévérité que je pouvais concentrer dans mon regard fondait comme neige au soleil. Je la regardais grandir, et mûrir, de mon coté j´utilisais mes pouvoirs pour donner l´illusion d´un vieillissement naturel. Je la contemplais tandis qu´elle évoluait entre les hordes de prétendant que, d´un oeil qui avait fait plier les légions romaines, je surveillait étroitement. Elle était ma joie, mon coeur, mon soleil. Malgré mon attachement ma pupille, je ne pouvait pas me permettre de rester au château jour et nuit. Etant devenu, un seigneur, je devais, avec l´accord de Cern, remplir mes fonctions de chevalier et apporter la « bonne parole » du Roy de France dans les contrées barbares avoisinantes. Le jour de mon départ, j´avais laissé nos terres, et leur gestion a Gladys, qui était devenu une châtelaine accomplie, sûr de l´éducation et de l´intelligence de ma protégée, je me mis en route pour ce qui fut, plus tard, connue sous le nom de Première Croisade. Je n´avait aucune sympathie pour la cause chrétienne, je pensai juste qu´un peu d´exercice me ferait du bien... Je n´ai jamais atteint Jérusalem. Sur le navire qui nous y conduisait, je ressentit l´appel de Cern, une nuit au large de Messine. Le message était simple : RENTRE VITE. Je débarquait a Messine, traversait le royaume de Naples ainsi que l´empire d´Occident, et après plusieurs semaines de voyage, j´arrivais enfin dans mes terres pour n´y découvrir que ruine et désolation. Je m´en souvient bien, c´était en plein mois d´octobre, le ciel gris et chargé de pluie comme il devait être en cette saison. Les champs étaient brûlés, je pressais le pas. Je vis des masures en ruine, je me mis a courir. Le ciel décida de libérer les torrents de liquide qu´il gardait prisonniers au moment ou j´arrivais devant mon château... en ruine, brûlé jusqu´au fondation. Mais ce n´était pas important. GLADYS... Où était elle ? est ce qu´elle allait bien ? toute l´horreur d´un père qui sait qu´il est arrivé quelque chose a son enfant, sans savoir pourquoi... Je mis deux jours à découvrir ce qu´il était arrivé ici. Sous couvert d´un pèlerinage vers une Jérusalem bientôt chrétienne, une bande de pillard réussit à s´introduire dans le château. Je ne raconterai pas ce qu´il s´y est passé, mon coeur ne le permettrais pas, je dirait juste qu´elle a défendu ses gens et sa vie du mieux qu´elle a pu, mais elle n´était qu´une enfant, mon enfant. Un des survivant me conduisit a sa sépulture. Ce n´était pas un tombeau digne d´une reine, mais elle reposait, simplement, au pied du saule sous lequel elle avait l´habitude de se protéger de la pluie. Les rescapés me parlèrent d´elle, de ses actes, ils me dirent qu´eux et leurs descendants se souviendraient toujours de ce qu´elle avait fait pour eux. Leurs mots ne purent franchir l´abîme qui s´était ouvert a la place de mon coeur. Quelque chose en moi était partit avec elle... Je m´agenouillait, pour supplier le saule de prendre soin d´elle, puis me redressant, je libérai l´illusion que je maintenait depuis si longtemps, je repris mon apparence féerique, et laissa éclater mon chagrin et ma colère, entouré comme je l´était de ce qui restait de mes gens. Apres un temps qui m´avait semblé trop long et trop court a la fois, je relevais la tête pour parcourir du regard l´assemblée, puis me retournais vers la tombe de Gladys et, dans un effort quasi surhumain, je dispersait le Glamour, créé par les actes post-mortem de mon coeur, dans la terre alentour, rendant la vie a ces terres marquées par le malheur. Je pris au creux de mes mains une poignée de terre dans laquelle je modelait, utilisant les traces de Glamour restant, un pendentif en argent massif, frappé d´un saule aux branches déployées. - Je vais partir, leur ai-je dit. Je vous laisse deux présents. Le premier vous vient de ma fille, tant que vous chérirez sa mémoire, vos champs seront toujours fertiles. Le second devra être porté par celui que vous choisirez pour vous guider. Il lui permettra de me contacter en cas de problème. Sur ces mots, je me détournai d´eux pour me m´éloigner de ce lieu, pour me mettre en chasse, même si je savais qu´elle n´aurais pas apprécier mais, il fallait que ça sorte, il fallait que je me venge. Ce jour d´automne, sous la pluie, je suis devenu Le Traquemort. August 29 Je suis le désir de reconnaissance insatisfait de Mori.Je suis le désir de reconnaissance insatisfait de Mori. Je suis, en quelque sorte, son moteur principal, sa source d'énergie intarissable. Est ce qu'il cherche la gloire ? Les lumières de la célébrité ? Les premières pages des magazines ? Nooon, rien de tout ça... Enfin, il ne serait pas contre quelques applaudissements, voire quelques « hourra », mais rien de grandiose. Je suis né, il y a quelques années... En fait, non, j'ai commencé a croitre, bien au chaud en lui, depuis ses années « Judo ». Ces années, où, jeune enfant, il faisait ses premiers pas sur un tatamis pour, selon les spécialistes, « canaliser un trop plein d'énergie »... Il était bon le bougre, faut dire qu'il a toujours été plus dense que lourd ( la faute a son ossature, il paraît), mais a chacune de ses compétitions, il lui manquait quelque chose pour être vraiment brillant, excellent. Ce petit truc qui lui faisait défaut, c'était un public. Non pas que les compétitions se déroulaient a huis-clos, juste que les personnes devant lesquels il aurait aimé briller étaient toujours absentes. Et oui, ses parents n'étaient jamais là pour le voir... Le pauvre petit, j'en pleurerai presque... C'est a ce moment que j'ai commencé a bourgeonner. Je n'avais pas de « nom » à cette époque, j'étais juste une sensation de vide, juste un nœud à l'estomac; mais je suis patient.Cette « triste » période fini, mon hôte a tenté de se diversifié, il a essayé d'autres sports mais pour des résultats toujours équivalents. Je ne vais pas vous parler de son passage lamentable a la fac où la seul chose qu'il y ait réussi fut... ben rien en fait... Et pendant ce temps, je grossissait, j'enflais, je m'installais en somme. C'est surtout a cette époque où mon « véhicule » pris conscience de ma présence et de mon influence. C'est moi qui lui ait fait remarqué l'absence de ses proches a ses cérémonies a Brest puis à Toulon, encore moi qui lui fait prendre goût a l'absence de contact avec sa famille (enfin pour être précis, il a réussi a se convaincre qu'il n'aime pas le téléphone, ça lui évite de se rendre compte que les seules personnes qui l'appellent, ce sont des créanciers, mais je n'ai pas encore réussi a le guérir de ce besoin qu'il a de vérifier ses mails alors qu'il sait très bien qu'il n'y aura que de la pub ou du spam, mais j'y travaille...) Récemment il a émis l'idée d'apprendre a jouer du violon, vous savez pourquoi ? Un mauvais musicien, même s'il nous casse les oreilles, on espère qu'il s'améliore, et quand cela arrive on apprécie sa musique, pour les sportifs c'est pareil même mauvais on l'encourage. Bon, vu son physique, il ne sera jamais un grand sportif et sauf miracle, il s'y est pris trop tard pour être autre chose qu'un musicien moyen, très moyen. Que lui reste t-il ? L'écriture, mais là encore il s'y est pris comme un manche. Le défaut de cet art ? Simple, une mauvaise histoire n'occupe son lecteur que quelques minutes avant qu'il ne retourne a son programme télé favoris... Personne n'encourage un mauvais écrivain, on espère juste qu'il oublie son alphabet. Mais est ce qu'il est mauvais ? Disons qu'il se débrouille pas trop mal. En est il satisfait ? Ne m'insultez pas, je connais mon boulot. Pour qu'il soit satisfait de ce qu'il écrit il ne lui faudrait qu'un petit truc, trois fois rien en réalité, mais c'est tellement inconcevable a ses yeux que j'ai de beaux jours devant moi. En fait, il faudrait « juste »
que son père arrête de se regarder le nombril cinq
minutes, qu'il lise une de ces histoires et lui dise : Malheureusement pour lui (et bien heureusement pour moi) ça n'arrivera pas à moins qu'un miracle ou qu'un enchainement de coup de bol plus ou moins divin n'interviennent....
Je suis le besoin de reconnaissance insatisfait de Mori, et j'ai de beaux jours devant moi. June 08 Le dernier hommeJe ne sais pas pourquoi, j'écris cette lettre, étant donnée qu'il n'y a plus personne pour la lire. Etrange ce besoin de coucher par écrit nos sentiments, nos peurs. Tel un naufragé dont le message dans sa bouteille est confié aux bons soins de la marée, je laisserai le mien entre les bras de Zéphyr. Je viens de fêter mes UN an de solitude parfaite. Un an sans bruit, sans personne, un an depuis que je me suis rendu compte que j'étais le dernier... Le dernier homme sur Terre ? j'en ai aucune idée. Le dernier homme dans cette ville ? Oui, j'en suis pratiquement sûr. Mais revenons un peu en arrière. L'année de mes 40 ans, le monde commença à changer et pas en bien. Les nations se regardaient en chien de fusil. Chaque action était suivi de menace, de tension. Nos chers dirigeants instillaient en nous la peur. La peur des autres, la peur du lendemain, la peur de nous-même. Et le pire, c'est que ça marchait. Jusqu'au jour où les "évènements" se sont déclenchés. Les "évènements"... Doux euphémisme. Les grandes puissances du mondes se crachent à la figure, c'est un événement; on se menace, on gravit l'échelle de la dissuasion, mais ça reste un événement; des bombes sont lâchées sur la surface de la terre, mais ce ne sont que des événements. Désolé, je m'emporte. En ce glorieux jour du 06 Juin 2008, la 4ème guerre mondiale fut déclarée, et ma ville fut bombardée, comme tant d'autres... Pourquoi ai-je survécu ? Bonne question. Je ne suis pas un intellectuel (j'ai eu mon bac en trois ans, et la fac n'était qu'un rêve), je ne suis pas un athlète ou un surhomme (mon estomac me le rappelait souvent). Non, je n'était qu'un égoutier, et même pas un bon en plus. Trois mariages ratés, une propension a la boisson, m'ont conduit à prendre les pire boulot possible. Ce jour là, je vérifiait un collecteur situé pas loin de 25 mètres sous la surface, c'est ce qui m'a sauvé, enfin, je pense. Toujours est il, que depuis ce jour, je vis seul dans cette grande ville, cette grande ruine plutôt. Et quand je dis seul, c'est au sens propre. Personne, plus d'animaux, pas même un insecte... Un enfer de silence. J'ai passé cette année a visiter les ruines les plus récentes de la région, j'ai pénétré l'intimité de dizaines de foyer, j'ai enterré toutes mes collègues, et pas mal d'inconnu, j'ai même essayé de déblayé le parvis en face du parc, mais certains gravats, trop lourd pour moi, devront s'intégrer dans le paysage. Le paysage... Le paysage change, la nature reconquiert doucement la ville, jour après jour, centimètre après centimètre. La Nature a le temps, elle est patiente. Je sais qu'au but du compte ma ville retournera à son état original, le reste du monde suivra. Je me sens comme étranger, je n'ai plus rien a faire ici. Je remet donc les clefs de ma ville a sa légitime propriétaire, et je m'excuse de la gène occasionnée par la présence de mes pairs, mais je puis vous assurez, qu'au moins ici, on ne vous embêtera plus. Mon nom n'a aucune espèce d'importance, je ne signerais donc pas. ------------- Lettre retrouvée sur Solaris IV, le 34 Junius de l'an 540 de l'ère galactique June 05 La porte closeLa porte est grande, du beau bois massif, elle a l'air épaisse et solide. Je peux voir les gonds, épais, en cuivre. A vu de nez, elle doit être dur à bouger. Je l'examine attentivement espérant trouver un huis, un œil de bœuf ou un judas pour pouvoir communiquer. Je m'approche de ce qui ressemble a un trou dans la porte, jette un œil pour voir ce protège la porte, et la je vois... Rien, strictement rien, le noir total, complet. Une obscurité vivante, et mouvante, mais pas menaçante. Je cogne a la porte... rien, juste une douleur sur les jointures. J'approche ma tête de ce trou et lance le classique : - Y' a quelqu'un ? Et comme réponse, j'ai droit a juste un écho. Je tente un deuxième essai, sans plus de réponse. Je décide d'attendre, et je m'affale contre la porte en espérant une réponse... Au bout d'un temps incertain, une petite voix se fait entendre : - T'es qui ? Interdit, je me relève brusquement, pour me rapprocher de l'ouverture, et je reponds - ben, Toi, enfin, le grand Toi. La réponse ne se fait pas attendre : - Et qu'est ce que tu veux ? - Te parler, juste te parler... - Je t'écoute. La je dois dire que je suis interloqué, je ne m'attendais pas a ça. - Ben voila, il y a cette fille que j'aime, et pour elle j'aimerais être plein et entier, j'aimerais que tu sois avec moi. Un silence, juste une respiration basse, rauque et profonde... - Pourquoi, pourquoi tu veux nous faire ça à nous, à nous tous ? Des voix, plusieurs voix me répondent en même temps. Des voix toutes différentes, mais sensiblement identiques... a la mienne. - On a pas assez souffert ? tu veux encore avoir mal ? La cacophonie est assourdissante, douloureuse, j'ai du mal a rester debout, tant le volume est agressif. J'essaie de me faire entendre : - Parce que je l'aime - Les autres aussi tu les aimais, et tu as eu mal, on a eu mal, on a encore mal... tu veux recommencer ? - Non, j'aimerais lui montrer que je n'ai pas peur de lui montrer qui je suis... - Non, elle va dire non, tu vas souffrir, et je vais avoir mal, on va avoir mal longtemps, me rétorque l'Harmonie de mes voix, de mes moi. Je décide d'essayer une autre approche - Sors, j'en ai marre de te voir jouer seul dans ton coin, je connais une petite fille qui aimerait avoir quelqu'un avec qui jouer. Silence... Seul la voix la plus jeune me répond - Et on jouera a quoi ? - Je sais pas, tu lui apprendras a jouer au ballon, et tu verras ce que tu peux apprendre avec elle. - Elle est gentille ? - Je crois. Mais je pense qu'elle est comme toi, seule. - Si je sort, tu viendras avec moi, tu me laisseras pas tout seul ? Un sourire commence a se former sur mes lèvres. - Je ne te quitterai pas des yeux, jusqu'à ce que tu ne veuilles plus que je te surveilles. - OK, alors ouvre la porte... Effectivement, je remarque une double poignée sur le devant de la porte, je l'agrippe à deux mains, tire de toute mes force. Putain, elle est lourde, vraiment lourde. Je souffle, m'essouffle, transpire et mes efforts sont récompensés. Un des battants est enfin ouvert, le soleil tente péniblement de percer les ténèbres derrière la porte. Je le vois enfin, je me fait remarquer intérieurement, que ça faisait longtemps que je ne l'avait vu, j'en ai honte. C'est un enfant de 6-7 ans, petit pour son age, pale a cause du manque de lumière. Mais je crois que le pire, c'est les blessures plus ou moins mal cicatrisées qui parcourent son corps. Je peut mettre un nom sur chaque blessure, sur chaque cicatrice, sur chaque bleu sur sa peau. Il reste là, entre l'ombre et la lumière ne sachant que faire. Je m'approche doucement, lui tend la main, et je sens sa petite main prendre la mienne. Une larme au coin de l'œil accompagne son premier pas hors de l'obscurité, le second est plus facile, les suivants deviennent naturels. Sur le chemin du retour, je le sens qui me tire sur la manche, je me baisse pour être à sa hauteur. - Tu sais que si elle dit non, on risque de pleurer longtemps, très longtemps ? et que je retournerais dans le noir pour longtemps ? Me dit-il presque en chuchotant. - Oui, mais imagine qu'elle dise oui, la porte ne servira plus a rien, on pourra s'en débarrasser ensemble. - Ce serait bien, ça. On y va ? me demande t-il en partant en courant devant moi. Les mains dans les poches, je le suis en espérant ne plus avoir a revenir devant cette porte close... June 04 La musicienneDes années à bourlinguer pour cette boite pourrie, des mois sur les routes, des jours loin de ma famille (qui, d'ailleurs a préférer me laisser une maison vide) tout ça pour finir dans ce bled de merde. Et me voila, moi, premier vendeur (unique vendeur surtout), dans le trou du cul du monde (enfin pas loin des poils) à essayer de vendre des engrais agricoles aux 3-4 pèlerins qui gravitent ici. J'ai tout essayé, les offres généreuses, les yeux doux, même les pots de vins, mais personne ne semble intéressé par les merveilles de la science en matière d'OGM (je me demande bien pourquoi...) Bilan, je ne vends rien, je ne vendrais rien, donc je m'ennuies seul, dans ma chambre miteuse au dessus du seul bar du coin. Un bar tout ce qu'il y a de plus basique, un comptoir, des tables, de la sciure au sol (d'ailleurs, je ne crois pas en avoir vu ailleurs que dans un bouquin d'heroic fantasy) et une estrade. Le citadin que je suis ne peut que rigoler intérieurement en imaginant la qualité des spectacles présentés ici, et comme apparemment vendredi, il y a une soirée spéciale avec la grande Lawen. Je m'attend au pire, mais pour pouvoir m'amuser un peu, j'y jetterai un œil. Le fameux vendredi arrive enfin, comme je le pensais je n'ai rien vendu, mais comme ici on applique encore du fumier comme engrais, je ne m'attendais pas a remplir mon carnet de vente. En tout cas, j'ai une raison de visiter le bar et de m'en mettre une ou deux derrière la cravate. Quand j'arrive dans la salle principale, le jour se couche a peine et les autochtones remplissent peu a peu l'espace. Un doux boucan roule et enfle pour finir par saturer les capacités auditives d'un humain normal (je parle de moi, là). Donc forcement quand je vois ce jeune garçon monté sur l'estrade avec sa guitare, je le plaindrai presque. Non, en la voyant se déplacer et monter sur son tabouret je remarque que ce n'est pas un garçon. Une jeune fille petite, fine comme une liane, dont les vêtements larges dissimulent le peu d'attrait qu'elle pourrait avoir. Mais c'est surtout ses yeux qui m'ont frappés. Un violet profond, mais avec une tristesse qui me montrait qu'elle avait du en voir beaucoup avant d'arriver là. On ne va pas se mentir, le public ne s'intéresse pas du tout a ce qui se passe sur la scène, en plus je vois mal comment, avec sa petite guitare, elle compte couvrir le bruit ambiant. La pauvre. Elle cale son instrument contre son giron, telle une mère caressant son enfant, jette un dernier coup d'œil a la salle en souriant et... Je sirote doucement ma bière, savourant pleinement la douceur de ce liquide ambré quand, elle plaque son premier accord. Cette simple note me parut filer à travers le brouhaha ambiant pour venir, tendrement se nicher au chaud dans le creux de mon oreille. Interdit, je pose ma boisson, et je fixe alternativement la joueuse et son public. Elle repete son accord, et toute la foule se tourne vers elle. Je tombe des nues. Ses mains mains dansent amoureusement sur son instrument, produisant un second accord. Une simple variation du premier, qui se répercute dans la salle, cherchant son frère perdu. La foule, complaisante, s'est éteinte, pour le laisser chercher... Elle se met a jouer. Une douce mélodie enveloppe les spectateurs, leur parlant d'époques plus heureuses et plus lumineuse que la journée pluvieuse qui s'achève. Elle chante, d'une voix basse, a peine plus forte que les accents langoureux de sa guitare. Mais peu à peu, sa voix s'enfle pour venir se mêler aux harmoniques de ses accords. La langue utilisée m'est inconnue, pourtant, je comprend parfaitement le sens de ses paroles. Elles évoquent le passage du temps, les successions des saisons, et les cycles auxquels toutes vie est soumise... Les clients sont figés sur leurs chaises, Un malheureux a bien tenté de tousser, mais ses voisins l'on foudroyé du regard comme s'il venait de blasphémer dans une église. La demoiselle continue de jouer, ignorant totalement les réactions de son auditoire. Sa voix et sa musique s'altère subtilement, pour nous conté les menaces contre le cycle de la vie. Elle chante la beauté détruite, l'innocence volée, brisée. Je jurerai entendre des grondement de tambours derrière ses notes. J'en ai les larmes aux yeux, j'ai envie de la prendre dans mes bras pour la consoler, et pour lui dire que tout ira bien. Sa main ralentit, sa complainte s'accorde aux battements de mon cœur. Ses notes se détachent une à une, s'étirant dans l'atmosphère douloureuse. Tout le monde se penche en avant, pour l'empêcher de s'arrêter de jouer. Un dernier accord sur sa guitare, une dernière note s'échappe de ses lèvres et reste suspendu un instant dans les airs. Puis s'estompe... le silence revient. Personne ne bouge. Personne ne veut être le premier a briser le charme ambiant. Une larme, je sens une larme solitaire qui coule le long de ma joue. Je n'ai même pas envie de l'essuyer. Qu'elle tombe donc ! J'étais sur qu'elle en avait fini avec nos cœur, je me trompe. Un murmure, un accord a peine chuchoté s'échappa de l'instrument. Je n'ai même pas vu ses mains bouger. Magie, la guitare joue seule. Cette note caresse la salle, séchant délicatement nos joues humides. Elle entonne le couplet final. Un champion solitaire, dernier éclat de lumière parmi les ruines d'une civilisation perdues. Elle s'adresse a moi, je le sais au fond de mes tripes, les larmes reviennent. Cependant, les diamants que je vois rouler sur les joues de beaucoup d'autres clients me font penser que je ne suis pas le seul héros de cette salle, d'autres que moi vibrent a l'unisson de cette simple mélodie. Le dernier accord résonna. Ferme et clair tel le son d'une cloche. Par ces dernières paroles, et grâce à cet accord, la musicienne nous a offert une consolation, une lueur faible mais tenace : l'espoir. Puis ce fut fini... Elle se lève de son tabouret, s'incline laissant tomber sa chevelure devant elle, tel le rideau qui tombe sur la scène. La foule, qui retenait son souffle depuis un moment déjà, exhale un soupir collectif, j'entends un ou deux nez qui renifle plus ou moins discrètement, et un tonnerre d'applaudissement fait trembler les murs. Je n'ai rien vendu, je me suis fait chier comme un rat, mais je partirai d'ici avec une lumière intense dans mon cœur. Je reviendrait, je ne vendrait rien, mais je vais revenir. |
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